POMPEI (Italie) : Une seconde mort ?

 

La seconde mort de Pompéi

Richard Heuzé

Source : http://www.lefigaro.fr/culture/2010/12/11/03004-20101211ARTFIG00096-la-seconde-mort-de-pompei.php 

 

 

Après chaque orage, d'immenses flaques stagnent au pied des colonnades du péristyle du Forum, centre de la vie politique, économique et religieuse de Pompéi. (Eric Vandeville)

 

La ville de Pompéi va-t-elle disparaître ? Les deux-tiers des édifices de la cité antique dévastée par l'éruption du Vésuve, en 79 après J.-C., sont aujourd'hui menacés d'écroulement. Un joyau de l'Antiquité se meurt lentement.

Un chaos de pierres et de parpaings envahit la voie de l'Abondance. C'est ce qui reste de la Schola Armaturarum. La caserne des Gladiateurs, un grand édifice de deux étages datant du IIe siècle avant notre ère, s'est affaissée sur elle-même à l'aube du 6 novembre, minée par les infiltrations d'eau. C'est l'effondrement le plus important constaté depuis longtemps à Pompéi.

L'eau de pluie tombée en torrents au cours des dernières semaines s'est infiltrée dans le sol, constitué de laves poreuses, ou a ruisselé le long de ses pentes. La voie de l'Abondance est l'une des deux artères principales de Pompéi. Elle part en droite ligne du forum, après la porte Marina qui marque l'entrée du site, pour rejoindre, plusieurs centaines de mètres plus loin, la porte de Sarno et le jardin de la flore antique du Vésuve. Elle est bordée tout le long de domus imposantes. Celles de gauche sont adossées à un vaste terre-plein surélevé, l'une des deux grandes zones de Pompéi qui n'ont pas encore été explorées. Les archéologues se refusent d'entreprendre d'autres fouilles tant que les vestiges déjà dégagés resteront exposés aux intempéries. On en est loin. Selon l'ancien surintendant à l'archéologie de Naples et de Pompéi, le Pr Pietro Giovanni Guzzo, les deux tiers des édifices de la cité antique dévastée par l'éruption du Vésuve, en l'an 79 de notre ère, sont exposés à un risque sérieux d'écroulement: «A mon arrivée en janvier 1995, seulement 14% étaient mis en sécurité. Quand je suis parti en août 2009, 31% l'étaient.»

Sur les 108 insulae (ou îlots de maison) que compte Pompéi, douze figuraient l'an dernier en rouge sur la carte, comme secteurs classés en grand danger. Aucun ne se trouvait sur la voie de l'Abondance. Des demeures historiques, comme celle du Labyrinthe ou encore celle des Noces d'argent, une énorme construction, sont fermées au public.

Le plus grand musée archéologique du monde à ciel ouvert, avec 44 hectares déjà dégagés depuis les premières fouilles entreprises en 1748, reste de constitution extrêmement fragile. En particulier la voie de l'Abondance: d'énormes flaques d'eau prisonnières des dalles disjointes de la chaussée attestent de la violence des intempéries. Des analyses géologiques sont en cours pour comprendre le cheminement des eaux souterraines. Depuis le début de l'année, les éboulis se sont succédé. Le 23 janvier, la partie supérieure d'un mur de soutènement externe de la maison des Amants chastes s'est effondrée. Cette domus spectaculaire, elle-même adossée au terre-plein et à deux pas de la caserne, a été aménagée avec des passerelles métalliques internes pour permettre aux visiteurs d'assister à un spectacle audiovisuel destiné à mieux faire comprendre l'ordonnance des fouilles.

Au petit matin, un mur de remblai, haut de deux mètres et long de six s'effondre

Depuis les premières fouilles entreprises en 1748, le site reste de constitution extrêmement fragile. Les deux tiers des édifices de la cité antique sont exposés à un risque sérieux. (Eric Vandeville)

Pour le Pr Guzzo, une sommité très respectée dans le monde de l'archéologie, cet effondrement aurait dû servir de signal d'alarme: «Pendant un siècle, rien ne s'était passé dans ce secteur de la ville. Et pourtant, les signes avant-coureurs s'étaient multipliés ces derniers temps.» En septembre, puis en octobre, d'autres éboulements se sont produits dans divers édifices, un peu plus loin.

Le 30 novembre, ce fut au tour de la maison du Moraliste: située tout près de la caserne, cette domus, ainsi appelée parce qu'elle porte sur ses murs des appels à la fidélité conjugale et à la tempérance, venait d'être restaurée. Il fallait encore terminer son jardin, le viridarium, reconstruit selon son dessin antique. La copie d'une statue, dont l'original est déposé au Musée archéologique de Naples, a même été installée entre les parterres. Au petit matin, un mur de remblai haut de deux mètres et long de six s'est effondré le long de l'enceinte du jardin. Composé de pierres anciennes, il avait déjà été reconstruit après guerre à la suite des bombardements alliés sur ce secteur de Pompéi, où les Allemands avaient installé leur DCA antiaérienne.

«Quelque chose ne fonctionne plus comme auparavant dans l'écoulement des eaux pluviales», estiment les experts. Le problème provient sans doute du terre-plein sur lequel aucune analyse de terrain n'a été faite. «Tant qu'on n'aura pas élaboré un plan général pour la maintenance ordinaire, il sera impossible de résoudre définitivement ces problèmes», considèrent-ils.

«Pompéi vit de rafistolages depuis cinquante ans »

 

Pompéi abritait de vastes palais et des villas somptueusement décorés de sculptures et de fresques. Ci-dessus, cet édifice orné d'une statue de divinité se trouve sur le Forum. (Eric Vandeville)

 

Le ministre des Biens culturels, Sandro Bondi, minimise : «En sept ans, Pompéi a connu seize écroulements.» Rien, selon lui, ne laissait présager celui de la caserne des Gladiateurs: «Une inspection effectuée la veille n'avait pas signalé de danger imminent.» Il refuse d'en endosser la responsabilité : «Si c'était le cas, j'aurais déjà démissionné.» Mais il dénonce la carence des moyens budgétaires: «Quelque 11% de nos personnels les plus qualifiés sont partis à la retraite sans être remplacés. Les recrutements sont gelés depuis des années. Il manque à Pompéi 50 architectes et 80 archéologues.» En octobre, Sandro Bondi avait d'ailleurs déserté le Conseil des ministres qui adoptait la loi de finances, en conflit ouvert avec le ministre de l'Economie qui avait réduit son budget de la culture.

L'écroulement de la caserne a indigné le chef de l'Etat, Giorgio Napolitano: «Nous devons tous ressentir ce qui s'est passé comme une honte pour l'Italie», a-t-il accusé. L'Unesco dénonce l'incurie dans laquelle se trouve un site classé depuis 1997 au patrimoine mondial de l'humanité: «Pompéi vit de rafistolages depuis cinquante ans.» Une mission évalue s'il convient de l'insérer parmi les lieux en péril, ce qui serait une première pour l'Italie.

L'opposition réclame la démission du ministre. «Cet effondrement est emblématique des ruines provoquées par le gouvernement de Silvio Berlusconi», proclame Walter Veltroni, qui a été ministre de la Culture sous Romano Prodi. Des efforts ont pourtant été accomplis depuis le vote d'une loi en 1997 accordant l'autonomie de gestion à Pompéi. La surintendance perçoit ainsi l'intégralité de la vente des billets aux 2 millions de visiteurs qui accourent chaque année. Soit environ 22 millions d'euros. A cela s'ajoutent les contributions de la Région, toujours en retard, tandis que l'Etat verse les salaires et contribue au fonds de roulement.

 à suivre  Part.2

 

 

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