Mont Saint-Michel (France) : Un rempart contre la mer

 

Un rempart contre la mer

Source - http://www.lamanchelibre.fr/Un-rempart-contre-la-mer,1.media?a=19975 

 

Au Mont Saint-Michel, l’archéologue François Delahaye a découvert les vestiges d’une tour disparue. Ces fouilles interviennent pendant la restauration des remparts. Leurs fondations sont consolidées : avec la disparition de la digue route, les courants marins seront plus forts

Les fortifications montoises seront plus exposées aux courants marins.
La menace ne vient plus d’Angleterre ni de Bretagne mais de la mer elle-même. Abritées des courants marins depuis la construction de la digue route, les fortifications du Mont Saint-Michel vont à nouveau subir l’assaut des eaux. Dans le cadre des grands travaux, la digue route sera détruite. Pour éviter l’affaissement des murailles montoises, les Monuments historiques consolident depuis un an leurs fondations. Dans le cadre du projet de rétablissement du caractère maritime du Mont, les remparts vont retrouver leur niveau d’origine. “Il varie par endroits de 0,50 m à 3m, explique François Jeanneau, architecte en chef des Monuments historiques. Les fortifications actuelles datent du XVe siècle et ont été édifiées sur la tangue. Elles sont donc fragiles.”



“Elle s’est effondrée à cause des courants”
Le Mont Saint-Michel a perdu trois tours au cours de son histoire. Deux se sont effondrées suite au travail de sape de la mer et au manque d’entretien. La première à souffrir des eaux était en forme d’éperon. L’ouvrage défensif a été rebâti en 1732 par l’ingénieur du Roi Pierre de Caux. Elle est depuis appelée tour Basse car plus petite que les remparts. Aménagée pour recevoir des canons, elle est aujourd’hui inaccessible au public. La seconde est la tour Denis située au sud du Mont, entre la tour de l’Arcade et la tour de la Liberté. Seul un oeil expert peut deviner sa présence au milieu de la muraille.

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La même opération trois siècles plus tard
Au mois de juin, une équipe de trois fouilleurs, dirigés par François Delahaye, de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), a mis à jour les fondations de la tour Denis. “Elle était peu saillante par rapport à la muraille et s’est effondrée suite aux forts courants marins, explique François Delahaye. L’ingénieur du Roi, Pierre de Caux, n’a pas jugé utile de la reconstruire, elle a donc été rasée. Il a consolidé une partie des fortifications du Mont qui étaient en très mauvais état avec de la pierre de taille et des enrochements pour protéger le pied des remparts.” Trois siècles plus tard, les ingénieurs de l’État font de même.Mais les techniques sont plus modernes. Un scanner des fortifications révèle aux ouvriers de la restauration les endroits creux de la muraille où il faut injecter le mortier.
La tour Denis n’existe plus mais François Jeanneau compte l’immortaliser en la reconstituant. La base de la tour sera élevée de deux mètres, un peu dans le même esprit que la tour des Pêcheurs, la troisième tour perdue du Mont. Cet ouvrage défensif situé près de la porte des Fanils n’a pas été détruit par la mer mais par les hommes lors de la construction de la gendarmerie au XIXe siècle.

Irréductibles Montois

Après la cuisante défaite française face aux Anglais à Azincourt (1415), toute la Normandie est occupée. Toute ? non : le Mont Saint-Michel résiste toujours et encore à l’envahisseur. Face à la menace anglaise, il est ceinturé de remparts. Installés sur l’îlot voisin de Tombelaine, les Anglais ont tenté sans succès de prendre le Mont. Le sanctuaire de l’Archange est défendu par Louis d’Estouteville et une centaine de chevaliers normands. L’épisode le plus connu est celui du 17 juin 1434. Une armée de 20 000 combattants anglais profite de la marée basse pour attaquer les remparts à coup de bombardes. Les Montois sont au même moment occupés par un incendie. Les Anglais parviennent à ouvrir une brèche dans la tour de la Liberté et pénètrent dans le Mont en criant victoire.
Mais l’armée française se ressaisie et boute les Anglais hors du Mont. Dans leur fuite, ils ont laissé deux bombardes. Les trophées sont exposés à l’entrée de la ville.