L'Age du Faux

 

Le faux, de tout temps, entre escroquerie et illusion

Bernard Léchot

Source http://www.swissinfo.ch/fre/culture/sortir/Le_faux,_de_tout_temps,_entre_escroquerie_et_illusion.html?cid=30111292 

 

Le Laténium, musée archéologique de Neuchâtel, propose une nouvelle exposition intitulée «L’âge du Faux». Une promenade passionnante au fil des millénaires, qui décline en de multiples possibilités la notion parfois ambigüe de «faux».

Vous venez de découvrir que la superbe turquoise que vous avez achetée lors de vos vacances au Nouveau-Mexique est une triste imitation de plastique? Tentez de vous consoler en vous disant que les ancêtres de vos ancêtres déjà donnaient dans la contrefaçon.
 
La preuve? Ces petits morceaux d’os d’oiseaux taillés pour ressembler à des coquillages marins. Eh oui, à l’époque, le coquillage était en effet très à la mode en matière de parure…
 
Mais de quelle époque parle-t-on? De la fin du paléolithique. Ce qui ne nous rajeunit pas. «Il y a 14.000 ans, sur les rives du Lac de Neuchâtel, les chasseurs n’arrivaient pas à se procurer les coquillages nécessaires à leurs parures. Ils ont donc réalisé des imitations… pour frimer», constate Marc-Antoine Kaeser, directeur du Laténium.

 

Faux et chef d’œuvre à la fois: la tiare de Saitapharnès. (swissinfo)

Sujet tabou

Comment un musée d’archéologie, antre de la rigueur scientifique, en vient-il à exposer des faux? «J’avais donné un cours sur le sujet, parce que je considère que les affaires de faux dans l’archéologie, c’est le meilleur moyen de comprendre ce qu’est l’archéologie et comment fonctionne l’archéologie. A travers l’histoire de la recherche, c’est toujours le faux qui a aidé à définir le vrai. Si on n’avait pas les faux, on ne saurait rien de la vérité», explique Marc-Antoine Kaeser.
 
Lequel a eu néanmoins quelques hésitations à développer ce thème, «trop casse-gueule» dit-il, en une exposition. Pourquoi casse-gueule? Parce que les musées, justement, n’aiment guère être soupçonnés de présenter des faux. Car le risque de ‘contamination’ existe: «Un faux jette le doute sur les compétences d’un musée. Si vous avez un faux, les pièces d’à côté pourraient être fausses aussi».
 
Mettant leurs inquiétudes de côté, le directeur du Laténium et son équipe se sont finalement plongés dans les dépôts de leur propre musée, et ont fait appel à des collectionneurs privés et à quelques grandes institutions notamment parisiennes - Louvre, Musée du Quai Branly, Musée d’archéologie nationale française, Muséum d’Histoire naturelle – puisque, pour Marc-Antoine Kaeser, il était évident que «l’exposition ne fonctionnerait que si on pouvait avoir les faux les plus célèbres de l’histoire de l’archéologie».
 
Attention, faux ne veut pas dire pièce au rabais: «Je crois que de toutes les expositions qu’on a faites au Laténium, c’est celle qui a le plus de valeur en termes d’assurances! Certaines pièces sont assurées à des prix effrayants»!

 

Mâchoire du néolithique... mais pas vraiment celle du premier humain! (swissinfo)

Il y a faux et faux

En une seule grande salle, dans laquelle sont exposées une centaine d’objets très variés, le Laténium nous fait passer du «faux crapuleux» au «fac-similé», authentifié et utilisé par la science, en passant par les «délires innocents», les «grandes affaires» et autres «faux d’interprétation».
 
Faux crapuleux? Ainsi ces charmantes statuettes antiques de Tanagra, en Béotie, très prisées au 18ème et au 19ème siècle. Le marché en manque? Pas de problème, fabriquons-en. «On estime actuellement que plus de la moitié des statuettes de Tanagra qui sont conservées dans des musées sont des faux», constate Marc-Antoine Kaeser.
 
Ou la Tiare en or du roi scythe Saitapharnès, censée dater du 3ème siècle avant JC. «Le Louvre l’a achetée très cher vers 1890. Une dizaine d’années plus tard, cela a provoqué une affaire d’Etat, parce que l’argent de l’Etat avait été utilisé pour acheter un faux… qui à vrai dire, est un chef d’œuvre de l’orfèvrerie du 19ème siècle!»
 
Parmi les «délires innocents», celui du chanoine français Pierre Dissard, qui, aux alentours de 1900, prétend avoir découvert la tombe du chef suprême des druides celtiques. Pour étayer sa découverte, des artefacts variés (serpe d’or, inscription, urnes) et son très documenté  journal de fouilles. «L’archéologie peut rendre fou. On connaît pas mal de cas où certains ont pris leur désir pour la réalité et fabriqué les preuves de leur découverte», constate Marc-Antoine Kaeser.
 
Dans les «grandes affaires», il y a bien sûr le crâne du «chaînon manquant» entre le singe et l'homme, mais aussi la découverte de la mâchoire du premier homme, si si, le tout premier, par Boucher de Perthes, fondateur de l’archéologie française, en 1863.
 
Des escroqueries trop évidentes? Pas tant que ça. «Lorsqu’un archéologue tombe sur un truc bizarre, il a toutes les raisons de penser que c’est un faux. Le problème, c’est que les découvertes archéologiques sont inouïes, par nature. Pensez à Oetzi, l’homme des glaces, ou à la grotte Chauvet, en Ardèche. Ce sont des découvertes qui bouleversent nos connaissances, et en fait, elles ont d’abord été considérées comme des supercheries. Donc le fait que quelque chose ait l’air aberrant n’est pas la preuve que c’est un faux», souligne Marc-André Kaeser.

 

Momie pour pèlerins gogos! (swissinfo)

Question de regard

Passionnants également, les vrais objets préhistoriques… faux. Par exemple ces pièces en or découvertes sur le site de La Tène, qui sont des imitations de monnaies grecques. «De vraies pièces celtiques, mais de fausses pièces grecques. L’imitation, la copie, la falsification date des origines de l’humanité», constate le directeur du Laténium.
 
Et plus passionnant encore, tout ce qui relève de l’interprétation humaine. Ainsi, côte à côte, une hache néolithique en pierre polie et une stèle gravée du temps des Romains, stèle qui nous explique qu’il s’agit là d’une pierre de foudre lancée par Jupiter. Jusqu’au 18ème siècle, on a cru en effet que la foudre se transformait en pierre pour frapper le sol. Pour Marc-Antoine Kaeser, «ici, nous avons donc un faux: ce n’est pas une pierre de foudre, mais une hache néolithique. On a là une erreur d’interprétation romaine à propos d’un objet néolithique. La limite entre le vrai et le faux dépend donc aussi de notre regard».
 
Formidable champ d’étude que celui des religions… Ignorance scientifique mise au profit des dieux chez les Romains, escroquerie chez les Egyptiens avec de fausses momies de chats - à base de fœtus de chatons  - vendus aux pèlerins pour leurs offrandes. «Là, on a triché sur la marchandise: pour le prix d’un chat, on vous offre un chaton mort-né, ce qui est évidemment moins cher à la production. On trompait donc les pèlerins pour gagner plus d’argent. Si on allait à Lourdes…»
 
En effet. Ou à Turin (ah, ce fameux suaire!) ou dans toutes les églises abritant des châsses diverses et variées… «Cela m’aurait intéressé de faire des recherches dans ce sens. Mais même dans les musées, pour tout ce qui touche au Sacré, notamment les reliques, il est hors de question d’envisager un prêt», sourit Marc-Antoine Kaeser.
Pour s’informer sur les tricheries du présent, on repassera donc au Laténium dans quelques siècles, ou millénaires.

 

 

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